En immersion dans les communautés apprenantes

L'explorateur Hugo Paul est parti pendant un an à la rencontre des communautés apprenantes pour en découvrir les secrets. Entretien.

Noémie Kempf
23/2/2024
9 min de lecture
Portrait de Hugo Paul Community Builder et explorateur Into the Tribes
https://komuno.club/blog/communautes-apprenantes

Les communautés ne sont pas nées de la dernière pluie. Au contraire, elles ont toujours existé, sous des formes différentes, mais systématiquement dépositaires du savoir et de l’action collective… Et s’il y a bien un domaine dans lequel ces connaissances et cet engagement sont aussi puissants que nécessaires, c’est celui de la protection de l’environnement. C’est le constat qu’a fait Hugo Paul, explorateur des temps modernes à l’origine du projet Into the Tribes. Durant notre échange, il m’a partagé ses différentes expériences communautaires et ce qu’elles lui ont appris en matière d’engagement et de transmission des connaissances au sein des communautés apprenantes.

Avant de commencer son voyage au cœur des communautés, il m’a également confié ses insights et ses théories pour booster l’engagement de ses membres dans la durée.

Explorer les communautés apprenantes : Into the Tribes

Tout juste sorti de son école d’ingénieur, Hugo a déjà une belle expérience communautaire. Depuis plus de 5 ans, il est engagé dans les mouvements de lutte contre le réchauffement climatique, portés par des communautés très actives. Dans ces dernières, son rôle a été de créer des coalitions entre les acteurs nationaux.

C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il constate que beaucoup de communautés n’ont pas de ligne directrice. Du coup, face aux médias, elles ont du mal à accorder leurs violons. Leur prise de parole perd donc en pertinence et cohérence, ce qui limite leur impact.

Convaincu que les communautés peuvent être un énorme levier d’engagement et de changement, Hugo veut donc trouver le moyen d’éviter qu'elles ne s'effondrent après quelques mois par manque de motivation, de budget, ou tout simplement de cohérence (en interne comme en externe).

Il réalise que l'un des éléments les plus importants qui manque souvent aux communautés engagées est l'apprentissage. Se réunir pour une cause aussi importante que le climat est un moteur puissant d’engagement, mais il n’est pas suffisant pour le maintenir dans le temps. Sa théorie : les membres ont besoin d’une rétribution pour s’impliquer, et l'apprenance peut leur apporter cette rétribution.

Le hic ? Peu de gens de cet écosystème connaissent les communautés apprenantes et ce qu’elles peuvent apporter à leur cause. Hugo décide donc de se lancer dans une exploration sur le sujet pour mieux comprendre leur fonctionnement et leur impact potentiel.

Depuis un an, il prépare son voyage ,qui donnera naissance à un livre et des outils pour créer de nouveaux imaginaires collectifs - à travers l’action communautaire !

Tout un programme…

Comprendre les mécaniques communautaires grâce à l’immersion dans des communautés apprenantes

Pour comprendre réellement ce qui se passe au cœur des communautés apprenantes, Hugo est persuadé qu’il faut bien plus qu’une ou deux interviews avec ses fondateurs ou ses membres. Il choisir de s’immerger, et ce, pendant une période prolongée (généralement de plusieurs semaines).

Il choisit de commencer son exploration dans la communauté monastique de Lérins. Au programme : 1 mois pour comprendre comment la religion peut être un vecteur de transmission. Mais aussi, comment ce vecteur a évolué dans le temps !

Hugo choisir d’organiser son livre (le contenu phare produit à l’issue de son exploration) en 3 chapitres :

  • Le retour aux sources (en s’intéressant aux apprentissages ancestraux, notamment dans l’abbayede Lérins, mais aussi via une retraite Vipassana en silence puis auprès du dernier peuple autochtone scandinave, les Sami)
  • Le community organizing, pour comprendre comment faire du plaidoyer à travers les communautés (notamment au sein de l’univers EdTech et d’autres communautés apprenantes)
  • Former pour demain, en rencontrant des formations à la transition écologique basées sur les communautés comme l’Alma Forest School en Espagne, la formation fertile, mais aussi au sein du Schumacher College.

Plus que l’impact réel des communautés apprenantes sur la cause environnementale, Hugo s’intéresse à la raison d’être de ces dernières.

Le futur sera radical et communautaire, ou ne sera pas

Hugo en est en tout cas persuadé.

Selon lui, la transition écologique ne peut passer que par un changement radical de notre manière de voir le monde. Or, tout changement radical a besoin d’être ancré dans une communauté. C’est elle qui crée le mouvement, mais aussi qui motive le plus grand nombre à le rejoindre.

Il a par exemple été particulièrement influencé par la lecture de la biographie d’Obama, dans laquelle l’ancien Président des États-Unis raconte l’organisation communautaire de sa campagne pour la Maison Blanche. C’est en créant un mouvement qu’Obama a pu convaincre le plus grand nombre, mais aussi transformer les personnes autour de lui - et finalement, l’histoire de son pays.

Pour Hugo, quelle que soit la cause qu’elle porte, la communauté répond à un besoin essentiel : celui de faire société. Nous sommes en effet des animaux sociaux qui ont besoin du collectif pour survivre. À mesure que nos besoins évoluent, la communauté peut aussi changer de forme. Certaines se délitent, d’autres se transforment et surtout, de nouvelles se créent.

Créer un lagon où faire se rencontrer les archipels communautaires

Dans l'Archipel Français, Jérôme Fourquet analysait déjà une forme de fragmentation du monde et des communautés. Hugo se positionne dans la lignée de cette réflexion, avec pour objectif de comprendre comment créer une connexion entre des communautés éparses, qui ne partagent pas toujours la même histoire ni la même culture. Son but avec son livre, c’est de leur offrir un espace commun et neutre dans lequel elles pourront se retrouver tout en conservant ce qui les rend unique.

En faisant ses recherches sur les communautés en général, et les communautés apprenantes en particulier, Hugo a pu découvrir de nombreux frameworks communautaires.

Mais celui qui l’a le plus inspiré est le modèle « de la roue », pensé par makesense. Il y a puisé les piliers indispensables pour créer un espace commun dans lequel peuvent se retrouver des communautés diverses :

  • la culture commune : soit un sentiment d’appartenance autour de rituels, etc ;
  • la gouvernance et le leadership. Hugo croit beaucoup à la figure du leader qui porte son groupe et devient une source d’inspiration symbolique ;
  • La vision (ou le why) : c’est l’objectif de la communauté (comme l’apprentissage, la défense d’intérêt, le renforcement d’une pratique) ;
  • La gestion de l’information (du flux et du stock). Hugo s’intéresse notamment à ce qui permet aux membres de partager de l’information, de la stocker, mais aussi de la transmettre en dehors de la communauté.

Maintenir l’engagement de ses membres dans la durée : une relation gagnant-gagnant

Depuis qu’il s’intéresse aux communautés, Hugo a cherché la clé pour maintenir l’engagement de ses membres sur le long terme. Pour lui, le plus important est de maintenir une relation gagnant-gagnant entre le collectif et l’individuel. Chaque action doit être pensée en fonction de ce qu’elle apporte à la communauté, à ses membres et à leur objectif commun. C’est cet équilibre entre ce que l’on donne et ce que l’on reçoit qui crée de la longévité communautaire.

L’apprenance est là encore un levier pour maintenir l’engagement. À chaque fois que l’on transmet de la connaissance, et que cette connaissance est mise en valeur au sein et à l’extérieur de la communauté, le membre se sent récompensé et est encouragé à rester actif.

Néanmoins, il faut aussi accepter que lengagement communautaire n’est pas quelque chose de linéaire, mais plutôt cyclique. C’est quelque chose que m’ont partagé de nombreux Community Builders qui, avec l’expérience, découvrent ce statut vivant, et les creux de la vague qui vont avec.

Avec la communauté, il faut apprendre à composer avec les impératifs de chaque membre. Et leur permettre d’être plus ou moins actifs en fonction de leur disponibilité et de l’énergie que chacun peut dédier. Pour s’adapter au flux et reflux de l’engagement de ses membres, Hugo nous invite finalement à lire (ou relire) Cultivating a Community of Practice de Etienne Wenger, Richard McDermott, et William M. Snyder. Inspiré de la culture du design de la Silicon Valley, cette approche permet de mieux comprendre le statut “vivant” des communautés de pratique. Et de créer suffisamment d’enthousiasme, de pertinence et de valeur pour attirer et engager ses membres.

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